... OMBRES IMPUDIQUES

 

 

 

EEE

EROS EURASIAN EXPRESS

 

 

 

Wabi Sabi

L'écrivain japonais Junichirô TANIZAKI ( 1886-1965 )

nous livre une oeuvre contrastée

où s'opposent ses deux facettes:

la recherche effrénée

de

l'esthétisme et de la décadence.

 

 

Tanizaki

dans ELOGE de l'OMBRE ( 1933 )

Il développe le concept du WABI - SABI.

Contre la modernité et

la dictature de la vitesse,

la recherche d'un équilibre simple et contemplatif,

proche du ZEN.

 

éloge de l'ombre

Puis il évolue vers une littérature plus perverse

où l'altération des facultés physiques par l'usure du temps

engendre un besoin plus complexe,

plus décadent.

Un parfum de scandale...

 

 

la-confession-impudique  

Tanizaki confession impudique

La Confession impudique ( 1956 ) extrait :

Ainsi, j'avais bien deviné. Ma femme rédige son journal. Jusqu'ici j'ai fait exprès de ne pas l'écrire dans le présent cahier, mais à la vérité, il y a plusieurs jours que mon attention était vaguement éveillée à ce sujet. L'autre jour, dans l'après-midi, je suis descendu à la toilette; lorsque je suis passé devant le salon, j'ai observé par le shôji intérieur que ma femme s'appuyait à la table dans une attitude inquiète. Auparavant, j'avais entendu un bruit de froissement de papier japonais très mince. Non pas le bruit qu'aurait fait une feuille, ou deux. C'était le bruit qui viendrait d'une liasse reliée que l'on chiffonnerait en hâte pour la fourrer sous un coussin. Je me suis demandé immédiatement à quel usage ma femme destinait ce papier qui ne fait presque pas de bruit. Jusqu'à ce jour, je n'avais pas eu l'occasion de m'en rendre compte. Aujourd'hui, pendant qu'elle était au cinéma, j'ai cherché dans le salon et j'ai trouvé facilement. Mais, à ma grande surprise, le cahier était scellé par un ruban de cellophane en prévision du fait que je pourrais soupçonner son existence. Quelle bêtise de la part de ma femme! Je suis stupéfié de voir jusqu'où va sa méfiance. Je ne suis pas assez vil pour lire le journal de ma femme sans sa permission. Cependant, poussé par un sentiment mauvais, je tentai de voir si je ne pourrais pas enlever adroitement le ruban sans qu'il en restât de trace. Je voulais dire ainsi à ma femme: "Le ruban est inutile; je peux lire quand même ce journal en cachette sans que tu t'en doutes; il faudra penser à un autre moyen" et je me suis mis à l'oeuvre avec soin. Mais le résultat fut un échec. Je suis étonné de voir avec quelle minutie ma femme avait exécuté son plan.

 

tanizaki01

 

JOURNAL D'UN VIEUX FOU ( 1961 )

1°)
« 
Décidément, il vaut mieux que je la voie : je vais trouver un moyen, d’ici deux ou trois jours, pour l’inciter à venir… »
Or, cet après-midi, une bonne idée me vint à l’esprit. Sans aucun doute et dès cette nuit, ma main me ferait souffrir à nouveau - non pas que cette perspective me plaise - et je profiterais du moment culminant de la crise pour la faire appeler. « Satsuko, Satsuko, j’ai mal, j’ai mal, au secours ! » hurlerais-je comme un enfant. Elle entrerait alors, incrédule : « est-ce qu’il pleure sérieusement, ce vieux ? Qui sait ce qu’il a derrière la tête ! » se dirait-elle avec méfiance, tout en feignant hypocritement la surprise. « Je veux parler à Satsuko seule, que tous les autres me fichent le camp ! » crierais-je à nouveau pour chasser Sasaki. Alors nous serions en tête à tête, et je pourrais l’aborder, voyons, par exemple…
« J’ai maal, aïe, aide-moi !
- Bien sûr, bien sûr, qu’est-ce que je peux faire ? Dis-moi, je ferai comme tu veux, parle ! »
… Si elle pouvait réagir ainsi, je la tenais, mais il y avait fort peu de chances qu’elle fût aussi imprudente. N’y avait-il pas un moyen plus efficace de la séduire pour de bon ?
- Si tu m’embrasses, j’oublierai que j’ai mal !
« Non, sur la jambe ça ne suffit pas !
« Non, même un « necking  » n’est pas assez !
Je veux un vrai baiser ! »
Je pourrais sans imposer mes caprices, sangloter bruyamment, pousser des hurlements. Toute prévenue qu’elle fût, elle finirait peut-être par céder. Et pourquoi ne pas mettre ce plan à exécution dans les deux ou trois jours à venir? J’ai parlé du « moment culminant de la crise », or je pouvais tout aussi bien ne pas vraiment souffrir, mais tout simplement simuler. Il valait mieux toutefois, qu’au moins je me rase. N’ayant pu le faire depuis quatre, cinq jours, j’avais le visage envahi par la barbe. Evidemment l’effet de grand malade en serait garanti, mais, songeant à mon baiser, je ne pouvais rester aussi hirsute. En revanche, je ne remettrai pas mon dentier. Et, discrètement, je me nettoierai l’intérieur de la bouche... »

tanizaki-amour

 

2°)

  • Je sais pertinemment bien que je ne suis qu’un vieillard répugnant et couvert de rides. La nuit, avant d’aller me coucher, lorsque je me regarde sans dentier dans un miroir, je me trouve une drôle de figure. Mes mâchoires ne comptent plus une seule dent à moi, ni en haut, ni en bas. D’ailleurs je n’ai même plus de gencives. Quand je ferme ma bouche, mes lèvres collées forment une ligne mince sur laquelle mon nez pend quasi jusqu’au menton. (… ). Pas un être humain, pas même un singe, ne voudrait une figure aussi hideuse. Évidemment je ne suis pas stupide au point de vouloir être aimé des femmes dans de telles conditions.

 

JPM