GUEST STAR VI
Nuit de juin ! dix-sept
ans ! – on se laisse griser.
La sève est du Champagne et vous
monte à la tête.
slamait le Kid de Charleville en demandant des bocks ou
de la limonade.
Crevant sous les balles à l’automne 41 Guy Moquet froissait
dans sa poche un poème :
Les traîtres de notre pays
Les agents du capitalisme
Nous les chasserons d’ici
Pour instaurer le socialisme
Pas vraiment du Rimbaud mais ça méritait pas d’y laisser sa
peau.
Fusillé pour l’exemple
Manipulé pour l’exemple
Récupéré pour l’exemple
Guy le Maudit…
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Maudit Guy / MOODY GUY
Andy Vérol m’a fait parvenir ce texte sur GM déjà en ligne sur E.
Torpedo, le webzine sans barbelé.
Il n’a pas joint ses certificats médicaux.
J’ignore donc s’il a atteint le stade suprême de la Syphilis ou s’il ne
souffre que d’une vulgaire chaude pisse mentale.
Il était néanmoins de notre devoir en tant qu’agent spirochète
BaudelaiRIEN de le publier dans le Tréponème Bleu Pâle.
Andy V est né en 1973, année ou a été distribué gratuitement, Syphilis,
le numéro Zéro du Tréponème.
Un devoir virtuel en quelque sorte.
On est pas sérieux quand on a … 34 ans !
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Né en 1973, Andy Verol est frappé par un flash à l’âge de 13 ans : "J’écrirai à jamais". S’ensuivent des années de labeur, d’écriture convulsive, compulsive et répulsive. Pseudo-mysthique et carrément misanthrope, il tente, souvent en vain, de découvrir des vertus dans l’humain. Il anime, depuis 2002, le collectif plus ou moins prolixe "Hirsute". Lorsqu’il plie le bras droit, on peut apercevoir son superbe biceps d’écrivain. Quoiqu’il en soit, le moindre de vos dons peut l’aider à arrêter.
Lettre à Guy Môquet
©Andy Vérol - Résistance?
- Octobre 2007
Salut
à toi Guy,
Si
je t'écris aujourd'hui, c'est un peu pour profiter de ta notoriété fraichement réactualisée
par mon cher Président de
la République
de France... Enfin, tu dois être au
courant mon garçon, si quelque chose existe, si la vie après la mort est
possible... Ou bien, bon, cette lettre, elle fait un peu mal au cœur, un peu
comme les complaintes de ces enfants enfermés dans des placards, qui
"chuintent" fort, mais que personne ne libérera.
Je
t'écris aussi pour te transmettre mon désarroi. Tu ne connaissais pas ça, à ton
époque, mais nous vivons aujourd'hui, pour une bonne partie de la population,
dans la télévision. C'est un peu là, au fond, que l'on est censé comprendre le
monde, qu'on s'abreuve aussi de tout un tas de cochonneries humaines parfois
pas désagréables (Hier j'ai regardé Spiderman
2. C
'est vrai, c'est doux, et les femmes
n'arrêtent pas de hurler dès qu'il y a un danger, je pense que tu aurais
apprécié du haut de tes 17 ans). Dans cette télévision, on a beaucoup parlé de
toi. Vraiment beaucoup. Mais finalement, je n'ai pas tellement compris pourquoi
les jeunes de maintenant se doivent d'entendre cette lettre que tu avais écrite
à ta maman...
Bon,
je t'explique. Je sais que notre président t'aurait sans nul doute, dressé les
cheveux sur la tête. Il gesticule en tous sens, vient d'un milieu
ultra-privilégié, donne des milliards d'argent public à ses amis bourgeois (nos
bourgeois d'aujourd'hui sont beaucoup plus riches que ceux de ton époque. Et en
plus, ils roulent dans des 4x4 hyper-confortables qui anéantissent toute la
planète Terre. Mais ça, je t'en parlerai plus tard, étant donné que tu n'étais
pas fortiche à l'école, j'ai bien peur que tu n'y comprennes rien), veut
sucrer, tout du moins amenuiser les conquêtes sociales, et surtout celles
issues du Front Populaire, et des compromis acceptés au sein du Comité
Nationale de
la Résistance. Il
est aussi très amoureux des Etats-Unis.
Sans doute cela ne te choque-t-il pas plus que ça, mais sache que les
Etats-Unis, maintenant, c'est la première puissance mondiale, un Empire qui
nous a englouti... Ce président n'hésite jamais à citer, dans un même discours
le Général de Gaulle, Jean Jaurès, Léon Blum tout en prenant une posture
napoléonienne... Ce type est tout de même un anti-communiste forcené, un homme
de droite tout ce qu'il y a de plus triomphant... Bon bref, tu dois te dire que
finalement, ben le monde des puissants n'a pas changé, qu'il use toujours de
façon infecte, lucide et efficace de la crédulité et de la faiblesse du Peuple
tout entier.
Aujourd'hui,
très franchement, je n'ai pas saisi la raison de la lecture de ta lettre dans
nos écoles... Il est vrai que c'est très beau, ce que tu as écrit. C'est très
fort. C'est plein de la fougue d'un p'tit gars qui va passer l'arme à gauche.
Mais, très honnêtement, je ne crois pas que les jeunes, les lycéens
d'aujourd'hui, ont besoin de tes mots pour saisir le monde.
Si
tu avais vécu aujourd'hui, tu aurais sans doute un look pourri, à base de gel
fixant tes cheveux en crête, des pantalons stretchs, des tee-shirts criards et
tu danserais quelque chose du genre la "Techtonik" avec la zic
hurlante de ton MP3. Tu irais dans des festivals de rock, tu gueulerais que la
"jeunesse emmerde le Front National", tu dirais à tes cons de
grands-parents, que le communisme c'est de la merde... Bref. Tu végéterais sur
un canapé, à bouffer des chips, à regarder des films américains pour ados... Tu
trainerais dans les centres commerciaux, tu te branlerais en permanence sur des
sites pornos sur Internet (Je t'en parlerai plus tard de tout ça. J'ai peur que
cette fois, tu sois totalement dépassé par ce que je dis). Bref, tu serais un
petit con de maintenant, un incapable, un merdeux, un bourrin qui fouette la
chaussette et le stupre.
Ton risque absolu, ce serait de te faire virer du lycée parce que tu sèches les
cours. Tu ferais le nonchalant devant le CPE. La police (Celle d'aujourd'hui
est essentiellement là pour protéger les biens des privilégiés) te choperait
dans la rue, dans le métro, par exemple et te ferait une fouille au corps.
« C'est quoi ça ? C'est pas du shit ? » Tu t'en sortirais pas
si mal, au fond. Tu serais plutôt comptant de rentrer chez toi, vivant, pas
résistant, pour te faire engueuler par ta mère.
Mon désarroi, il est là. Tu ne le sais pas, mais j'ai une passion réelle pour
l'Histoire, son étude, son analyse. J'ai même obtenu un diplôme d'Histoire (A
ton époque, ça l'aurait fait auprès de tes contemporains, mais aujourd'hui une
licence, ça ne vaut strictement plus rien). Et je doute que la lecture de ta
lettre dans nos salles de classe atteigne l'objectif que s'est fixé le nain qui
nous gouverne... C'est un peu comme si l'on t'avait lu la lettre d'un autre
ado, des années 1890, pour te dire que tu n'es qu'une merde de ton époque, un
abruti sans courage ni cervelle qui ferait bien de se ressaisir (Encore que
toi, tu n'aurais pas eu à subir une telle lecture, puisque tu ne cessais pas de
sécher les cours).
Ma
vision, mon regard, et mon intuition, c'est que tu devais te pisser dessus, que
tu devais avoir une peur bleue de mourir... Je pense que quelques adolescents
des années 2000, seraient comme toi, alors qu'une immense majorité, comme à ton
époque, fermerait sa gueule et se ferait toute petite.
Inversement,
je pense que tu aurais aimé être un jeune merdeux d'aujourd'hui, tu aurais
trouvé ça émouvant d'entendre un jeune homme écrivant à sa maman juste avant de
mourir... Je pense pourtant que ce n'est pas ça qui t'aurait permis de prendre
conscience des souffrances du monde... Je pense simplement que ta lettre a
servi un message contraire au combat que tu menas à ton époque...
Alors,
je te le dis tout net gamin : la lutte continue camarade !
Andy
Vérol
