DésinCarné ...
... VERNIS SAGE
Deux textes d'Hugo CANESSON
illustrés par Alain KUGEL
VERNISSAGE
Carton d’invitation en main, une sorte de ticket gagnant qui ouvre les voies de la conquête, il s’agite entre les petits fours et constats navrants sur la peinture. Fuir, fuir au plus loin de ce type qui ne te lâche pas. Ces mots, additionnés d’un dentifrice morte haleine, te poursuivent jusque dans le fond du verre que tu n’oses boire, tant de petits morceaux de cornichons y surnagent. Une odeur s’en dégage, une envie de vomir. Tu passes la marche arrière vers la sortie. Il se bâfre, il gicle des projectiles, des œufs de Lump, des tranches de saumon avinées. Sur mes lunettes s’écrasent les petits fours. Il s’excuse de lâcher des vents prétextant une constipation héréditaire. La cerise sur le gâteau, le pompon, quand il éternue dans ses pauvres petits doigts dessinés par un marchand de boudin. S’en frottant les mains, il tisse une toile d’araignée transparente qu’il lèche comme une barbe à papa à la foire du Trône. Le supplice, le calvaire, l’insupportable finit par arriver quand vous devez lui serrer la main, le saluer, le quitter, bien collant, il vous garde la menotte et planté dans son costume couleur escargot, il fait de moi son ami et m’offre de partager une dernière flûte, me prenant le bras dans une intimité repoussante. Ce type m’adore, Je le lui rends bien.
JEUDI NOIR
300,500
mecs et nanas,
s’allument le cigare,
se cassent la tête
entre deux verres d’alcool,
un allume joint,
une boîte à pharmacie
et des baisers
à tout vent.
sur le trottoir du «GOOD SOUDE BAR»
Ils ont vingt ans pour la
Plupart,
étudiants
pour le reste.
tous clients.
Des filles,
au son des cigarettes qui se roulent,
vont d’un groupe à l’autre,
braillent, s'emballent
s’interpellent
-«Laura tu fais quoi»
-Oui ! Non…
Les garçons trinquent sur la rue
à la santé de Proximarché.
Le patron Mickey,
fait la circulation.
-«Pas sur la rue, n’allez pas sur la rue!»
Les filles braillent.
-«Mon talon ! J’ai cassé mon talon!».
Le Good sood est vide.
Les clients sur le trottoir.
C'est Le jeudi noir des voisins.
Le jeudi des étudiants qui se lâchent.
-«Le good soude çà désoude,
le good soude çà désoude…!».
Lâchés en intraveineuse sur la rue,
des filles en pom-pom girl
se jettent sur une voiture.
Rien ne va plus.
-«Connard!»
La foule est d’accord.
Le chauffeur est un connard.
Le videur calme les bêtes.
Le chauffeur connard repart
Avec bosses et crottes au cul.
Ils ne sont plus qu’une centaine sur la rue
Du Good.
Mickey gère...
L’émeute est au bout de la cigarette
que fume instinctivement le patron.
-«Restez sur le trottoir. Sur le trottoir!».
Les voix grimpent dans la nuit.
Cris de joie ou envie de vomir?
Amours inhibées à la lampe à pétrole?
Un voisin jette une bassine d’eau
Sur la foule,
Un autre se met à jouer du clairon,
Mickey écrase la cigarette qu’il va rallumer.
-«Tu fais chier! Merde!».
Au son des capsules, bruits de verres cassés et autres enclumes lâchées,
la nuit se faufile entre doigts d’honneur et invectives parfumées.
Pelle et râteau,
Mickey,
fait la ramasse
solide au poste, exemplarité dans le boulot.
Patron
à plein temps
il écoute brailler les gens.
Mickey, récolte les mégots, récure le caniveau, nettoie les gros mots,
disperse les odeurs de pisse.
Chapeau Mickey.


