... Un frisson dans la nostalgie

 

 

Heraklia

Heraklia

 

( 5 )

 

A 8H du mat’, le Skopelitis, le nouveau bateau se pointait à l’entrée de Stavros.

Il avait fait peau neuve, pris des formes et doublé sa capacité d’accueil. Sur le pont supérieur nous étions presque une trentaine à nous entasser sur les banquettes en bois. J’ai regardé Donoussa disparaître dans le lointain. J’avais comme un pressentiment. Peut être la dernière fois. J’ai enfilé mon blouzon. Nous étions maintenant en pleine mer, le vent soufflait, le bateau tanguait, c’était le quart d’heure héroïque. En moins de cinq minutes le pont s’est vidé, le petit ferry était presque à l’horizontale. De grosses vagues ont déferlé sur le pont inférieur détrempant les touristes. A Koufounissia, une bande d’italiens s’est emparée de l’espace, sans doute un club de vacances. Ils sont descendus à Schinoussa pour une excursion. Dans la baie le nombre de yatchs était impressionnant. Certains ressemblaient à de véritables vaisseaux de guerre dont un tout noir qui devait être la propriété de Dark Vador. Heraklia n‘était plus qu’à 30 minutes, j’appercevais ses côtes. Huit ans après, c’était un retour vers mon ancien coup de coeur des Petites Cyclades, qu’allais-je retrouver ?

Sur le quai Alexandra qui s’appelait en réalité Marta attendait. Elle avait pris 8 ans et 8 kilogs. Elle a fait semblant de me reconnaître. Elle semblait épuisée. Sa tante qui s’appelait, elle, vraiment Alexandra, qui vivait jadis à Paris, était sans doute décédée. Elle avait récupéré la gestion des studios mais vendu son restaurant dans la rue principale. Pas de commentaire mais il était évident qu’il y avait la dessous un divorce ou une séparation.

L’ île s’était développée, transformée, tendance Ploucville, vu le défilé de bermudas ringards dans les rues. Seul Livadi, la plage principale, gardait sa personnalité, coupée en deux parties. D’un coté les familles sous les quelques arbres, de l’autre des campeurs sauvages plantés à flanc de montagne. Malheureusement pour eux la douche de la plage avait été supprimée et ils multipliaient les allées et venues jusqu’aux tavernes avec d’énormes bidons d’eau.

 

Le chemin vers Polyphème

 

J’ai tenté de rendre visite au cyclope Polythème dans sa grotte mais hélas il était en déplacement.

 

Cette même grotte avait servi de cachette aux résistants grecs lors de l’occupation nazie.

Contrairement à Donoussa, il n’y avait pas le moindre souffle de vent et une canicule écrasante. La marche fut un calvaire malgré une halte au café-boulangerie de Panagia.

 

surfin bird

 

J’ai visité mes deux derniers endroits fétiches.

Le Makuba, ancien refuge de babos, était devenu le surfin bird, tenus par une bande de hipsers.

Seul la taverne Syrma était restée fidèle à l’identique. Le patron qui portait maintenant une longue natte comme les chinois avant le maoïsme m’a reconnu débarquant l’ouzo à la main.

- hello my friend. Welcome again.

- Tu m’as reconnu ?

- Bien sur, ça fait 4 ans.

- Presque10 ans.

- Putain, 10 ans a-t-il ajouté en français parodiant les Guignols.

Il m’a dressé un rapide panorama de la situation. La bourgade avait changé, s’était développée mais pas trop encore par rapport aux îles voisines. Bien sur culturellement , ce n’était guère brillant mais depuis qu’il avait quitté Athènes pour reprendre la maison de son grand-père, il devait suivre la rythme touristique pour vivre ici. Il s’excussa de prendre congé si vite mais c’était le coup de feu.

- Passe dans la journée, on pourra parler plus longuement.

- Et écouter un de tes meilleurs vinyles.

- Yassas. Il m’a fait un signe amical de la main puis il est parti nourrir les chats errants.

 

Taverne Syrma

Taverne Syrma

 

Je suis passé le lendemain, il était absent. Le service était assuré par une bande de jeunes gens percés, tatoués, mi punk, mi grunge.

Le lendemain je quittais les petites cyclades pour regagner Naxos toujours sur le Skopelitis.

A l’hôtel Galini, la mère de Georges qui parlait couramment français m’a avoué que son fils allait devenir papa. Il avait épousé une française de Limoges.

Le malheureux, à la limite du burn out expliquait à un touriste français qui n’en avait absolument rien à cirer ses recettes de confitures. A l’accueil son frère se démenait au téléphone pour louer une voiture à un couple de grecs particulièrement chiant.

Cette année dans l’industrie touristique mes contacts locaux étaient déjà épuisés le 25 juillet.

Ils pouvaient remercier Internet, les portables, le low coast ,la mondialisation et leur nouvelle clientèle...

 

Yassas

 

FIN