... ALICE au pays des LARSENS

 

Fabienne-Shine-2

 

A la recherche du temps perdu…

 

à la recherche des groupes de rock français oubliés ou disparus dans la nuit des temps…

J.M.C. CROCMORT.

PART 1

Le rock français est né fin des années 50 avec des chanteuses et chanteurs adaptant de grands standards américains, puis est survenu le phénomène Hallyday et les groupes de twist, suivis par les yéyés…

Quelques balbutiements rocks avec la Beatlemania, le british blues…

Ce qui donne comme groupes principaux : Les Lionceaux, Les Jets, Les Problèmes, Les Pollux, The Turnips, Les Lemons, Les Gaellic, Les Homards Violets.

Fin des sixties, la vague psychédélique rock avec : Chico Magnetic Band, Ange, Triangle, Ame Son, Martin Circus, Magma, ZOO, Alan Jack Civilisation, Dynastie Crisis, Variations, Devotion…

Pour les plus connus, on retrouve encore dans les bacs des disquaires de vieux vinyls, pour les moins connus, c’est  une recherche fastidieuse qui débute…

Nous allons partir à la recherche de ces groupes peu connus, qui ont disparus de la planète rock en nous laissant de sacrés souvenirs musicaux.

little bob story

A tout seigneur, tous les honneurs pour le P’tit BOB Story…

LITTLE BOB STORY est le groupe de Roberto Piazza, il chante du british blues avec toutes ses tripes, il habite Le Havre mais, on le voit très jeune fréquenter le Golf Drouot.

Il est fasciné par la musique british et forme son groupe LBS.

Il est petit de taille, mais un grand Monsieur dans le rock français.

Il a joué partout avec un égal bonheur, quelques bons succès, des ventes honnêtes de vinyls et cd’s…

Des reprises somptueuses : Don’t let me be misunderstood, I’m crying, Come see me, I wanna be free, Nobody but you, Circumstances et Heartbreak Hotel.

LBS est devenu Little Bob relançant  quelque peu sa carrière, puis Little Bob Blues Bastards qui poursuit le chemin du blues rock.

 

GANAFOUL…I’m gonna fool !

C’est un trio rock d’enfer, des solides compos en anglais, puis en français, Ganafoul a un potentiel énorme.

Composé de Jack BON (chant-guitare), Jean-Yves Astier(basse) et Yves Rotacher (drums).

Ils jouent du rock et certainement pas du boogie à la sauce Status Quo, ils sont d’excellents musiciens , l’accent anglais est tout à fait convenable dans leurs chansons, sur scène ce sont trois sacrés chevelus qui déménagent en rythme.

Ils sont engagés par le label Crypto et enregistrent 3 LP’s et un Live entre 1975 et 1980.

En 1978, le groupe change de batteur avec l’arrivée de Bernard Antoine.

A écouter sans hésitation : « Saturday night » un rock énergique, une bonne rythmique, d’agréables parties de guitare et un fond d’harmonica…

« Far from town », « Sometimes » un bon rythme reggae et “Fais attention”.

Jack Bon a poursuivi son chemin dans la musique…

A noter que GANAFOUL a eu les honneurs de la presse rock : Best, Rock and Folk et un article assez complet dans Juke Box Magazine…

 

MINUIT-BOULEVARD… « J’aime me promener le long des grands boulevards à minuit ».

En 1979, une jolie disquaire m’a conseillé un LP d’un nouveau groupe français : Minuit Boulevard.

Une pochette agréable et SURPRISE ENORME : un album rock chanté dans la langue de Voltaire, des riffs de guitares que ne renieraient pas Keith Richards ni Ronnie Wood, et la cerise sur le gâteau : un vrai chanteur de rock.

Le problème de ce groupe est qu’il est dans la même Maison de disques que Téléphone, le groupe de Jean-Louis Aubert, on les compare à un sous Téléphone.

Pourtant le chanteur Guerdjou Boudjman est cent fois supérieur à Aubert, les guitaristes sont performants ainsi que le batteur.

Minuit Boulevard se rapproche plus des Stones, ils ont une personnalité et leurs compos sont des tubes en puissance.

Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter le premier LP du groupe : Service Compris.

J’épingle 4 titres majeurs : « Tu dois tout donner », « Je marche seul », « Eh, Jack » et le titre éponyme « Minuit Boulevard ».

Ils vont jouer un peu partout de 1978 à 1982, avec un second LP en 81 : « Automatic Rock » beaucoup moins saignant que le premier opus.

Un groupe sous-estimé mais jouant du vrai rock en français.

A redécouvrir sans modération.

 

ATOLL…Atoll, les opticiens du rock progressif !

Ce groupe se forme en 1972 en Lorraine, d’abord c’est la rencontre de 2 guitaristes et d’un batteur pour un enregistrement avorté à Paris, ils s’entendent bien, sont très doués musicalement, ils contactent André Balzer pour devenir le chanteur et un bassiste Francis Paul.

Atoll devient très vite un groupe populaire aux côtés d’Ange, Martin Circus, Devotion, Cruciférius et Triangle…

Les concerts s’accumulent, le succès est au rendez-vous, le style musical s’apparente à Yes, Génésis, Roxy Music, King Crimson et au groupe allemand Amon Düül II…

Ils enregistrent  deux 45 tours avant leur premier album en 1974 : Musiciens magiciens.

Des changements de personnel, un clavier puis un second, un nouveau bassiste et enfin l’arrivée du guitariste Chris Beya !

En 1975, un deuxième LP : L’Araignée-MAL absolument génial, des textes sublimes et l’arrivée d’un violoniste…

C’est à ce moment que j’entends parler d’Atoll à RTL radio, Jean-Bernard Hebey présente souvent le groupe dans ses émissions dominicales…

Je pense que le journaliste-animateur Alain Maneval en cause souvent aussi selon mes souvenirs.

En 1977, l’album : Tertio a un solide impact sur ses fans, le climat musical devient jazzy-rock…

1979 voit arriver « Rock Puzzle » toujours très free jazz avec des cuivres et une section de cordes.

1981, le groupe a toujours un certain succès au Japon où il deviendra un groupe culte influençant les groupes nippons, mais il suspend ses activités.

Des membres d’origine, seul Chris Beya sera de la reformation du groupe en 1987, puis d’autres formations appelées Atoll Sud, Chris Beya ‘s Atoll, André Balzer’s Atoll poursuivent la route du rock progressif.

A conseiller en cd’s : Musiciens magiciens, l’Araignée-mal et Tertio.

C’est un MUST si on aime le rock « progressif ».

lili drop

LILI DROP…Olive n’a pas su mûrir…

Ce groupe est un trio composé d’un mec ( ?) Olive et de deux filles : Violaine aux drums et une bassiste Körin qui deviendra chanteuse sous le nom d’Enzo Enzo.

Olive vit dans la sphère du groupe Téléphone dont il est pote avec Jean-Louis Aubert, et grâce à lui, il peut enregistrer en 1979 un titre ravageur et libertaire : « Sur ma mob ».

On entend souvent ce titre en radio, mais les ventes sont moins bonnes que le succès , le groupe sort néanmoins deux LP’s :

« Monde animal » et « N ».

Olive est accro à la drogue, son personnage est ambigu, difficile à comprendre…

En 1983, le groupe arrête, victime du manque de succès et lié au comportement de drogué du guitariste-compositeur Olive.

En 1986, Olive signale sa séropositivité, il essaye une carrière en solo qui n’est pas convaincante.

Malgré les aides conjuguées d’Aubert et de Kolinka du groupe Téléphone et un nouveau groupe en juin 2005, il meurt en janvier 2006.

A réécouter : « Sur ma mob ».

Un vrai talent, quel gâchis !

 

Etron Fou Leloublan…crottes de biques noires.

Déjà le nom étonne !

C’est un groupe de rock d’avant-garde formé dès 1973 par un saxophoniste, d’abord un trio : saxo, drums et orgue s’appelant Etron Fou, puis une basse en soutien pour jouer du rock et aussi du free-jazz jusqu’en 1976, ils changèrent le nom en Etron Fou Leloublanc enregistrant un premier album : Batelages.

Fin 1977, le saxo d’origine est remplacé par un autre, il n’y a plus d’organiste, donc un nouveau trio qui enregistre un nouvel album : «  Les Trois Fous perdégagnent (au pays des…) ».

Comme groupe de rock avant-gardiste, ils sont invités à différents festivals en Europe, puis une tournée aux States en 1979.

Le groupe devient quartet en 1980 avec une chanteuse -musicienne, nouvel album : «  Poumons gonflés » suivi par «  Les sillons de la terre » en 1984.

Dernier album en 1985 : «  Face aux éléments déchaînés » à nouveau en trio.

Le groupe arrête son activité en 1986.

L’intérêt de ce groupe réside dans le mix rock’n’roll, jazz et bruitages d’avant-garde.

 

ROCK’N’ROLLER…Danser du rock en roller.

C’est du rock joué dans la formule guitare/basse/drums.

C’est carré, c’est speed, c’est du rock simple mais efficace, du rock en roller comme on adore.

C’est un groupe formé de musicos chevronnés qui débute en 1974 avec Yves Thepaut (guitare), Serge Doudou (basse -chanteur) et Gérald Coulondre (drums).

Un single en 1974 : “ Mama Rock’n’Roll/Tatiana”.

Un album 1978 : “ Energie”.

Single 1979 : “ No fun Baby”.

Rock’n’Roller” : nouvel album 1980

Et un dernier pour la route : « C’est l’swing rock » en 1983.

Le morceau que j’adore est un extrait de l’album « Energie » et s’intitule : « Rock dans la rue ».

Rock’n’Roller est un groupe de scène pour des petites salles, où l’ambiance peut monter très vite ; avec eux il n’y a pas de déchets, ils jouent du vrai rock : un plaisir partagé.

Ils ont participé à la fermeture du Golf Drouot le 22/11/1981 en faisant un « bœuf » avec les musiciens de BIJOU.

 

ALICE…Haut-Pays des Merveilles…

Avec ce groupe, nous entrons dans la Pop music harmonieuse et pleine de trouvailles, une ambiance au pays des merveilles…

Il y a des influences de groupes british’s : Genesis, Jethro Tull, Man, King Crimson…

Les musiciens sont des multi-instrumentistes, ce qui donne une musique très agréable, qui plait dans les MJC.

L’originalité du groupe est remarquée par la revue rock BEST.

Ils signent très vite un contrat chez Byg.

Ils créent la musique d’un film : « Alizé et Chloé ».

Avec ALICE, on baigne dans une atmosphère babacool, c’est un voyage instrumental au pays de Lewis Carroll.

Alain Suzan qui a rejoint le groupe, le porte à bras le corps dès 1970, il est le chanteur principal et son jeu de scène est assez exceptionnel…

Pour avoir vu ce groupe dans une émission télévisée, j’ai été bluffé par ALICE.

Le premier album du groupe : « ALICE » chez Byg est superbe.

Après des départs, une reformation du groupe par Alain Suzan en 1972 et un enregistrement au château d’Hérouville  pour Polydor : « Arrêtez le Monde », le manque de succès force le groupe à se séparer à nouveau.

En ce qui me concerne, c’est un des meilleurs combo français du rock des seventies, j’ai adoré les morceaux : « Le Roseau », « Arrêtez le Monde » et « Le Nouveau Monde ».

Sur scène, suivant mes souvenirs, le chanteur Alain Suzan portait un masque vénitien lui couvrant la moitié du visage, habillé en fermière avec un tablier, des sabots aux pieds, c’était assez surprenant.

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SHAKIN’STREET... Sexe, drogue et rock’n’roll…

C’est le groupe de Hard Rock français qui chante en anglais.

C’est le groupe de Fabienne Shine, ex copine de Jimmy Page, qui a réuni début 1976 des musiciens talentueux pour former un sacré band de rock’n’roll : excusez du peu, mais Bertignac à la gratte hum c’est du tout bon, si on ajoute Corinne Mariennau à basse, c’est la meilleure moitié du futur Téléphone…Il y a aussi Eric Lewi à la guitare, qui a d’abord formé Speedball avec les mêmes plus le drummer Jean-Lou Kalinowski…Ils jouent pour la première fois au festival de Mont de Marsan toujours en 1976 et prennent le non de Shakin’Street.

Le groupe a un sérieux impact vu la qualité musicale et vocale proposée, ils tournent en Angleterre, Bertignac et Mariennau rejoignent Téléphone, ils sont remplacés.

Beaucoup de concerts à Paris dans les salles mythiques, un nouveau festival à Mont de Marsan et en 1978 un premier album enregistré à London, suivi d’une longue tournée en France.

Un second album à San Francisco en 80  plus une tournée américaine, et à noter l’arrivée d’un guitariste talentueux : Ross the Boss.

Entretemps Fabienne s’est mariée aux States et après, un album live en 1982, le groupe arrête son aventure.

En 2009, le groupe réapparait avec un album à la clef : les musicos historiques sont présents avec Nono de Trust en guest…

Depuis, Shakin’Street est sur les routes, défendant son rock’n’roll très speed.

Eric Lewi, fondateur avec Fabienne du groupe, est devenu compositeur de musique de films à succès et a sorti des albums sous le nom de ERA.

Tous les morceaux enregistrés par ce groupe sont excellents.

 

Notre première recherche du temps perdu se termine…

D’autres groupes de rock français oubliés feront l’objet d’une nouvelle exploration dans le temps…

Nous pensons à : Oberkampf, A 3 dans les WC, La Souris Déglinguée, Stinky Toys, Gamine, Les Olivensteins, Les Flying Padovani’s, The Blessed Virgins, Ame Son, Les Porte-Manteaux, Les Garçons Bouchers, Marquis de Sade…

 

J.M.C. CROCMORT  2018.

PS : J’ai pris un plaisir fou à réécouter tous ces groupes, à vous de faire de même !

  

LITTLE BOB- The Phone Call

 

 à suivre .......................