... CATACOMBES

 

 

 

Révoltés 2000

 

 

LA COMPLAINTE

DU CHARRON

 

 

 

C’est parce qu’il était charron

Qu’ y fabriquait d’ la charogne

Y savait fair’ crever les cons

Du côté d’ la Bourgogne

Le colonel l’aimait beaucoup

Y n’ manquait pas d’ courage

Tuait son homme du premier coup

Ah ! Il aimait la bell’ ouvrage !

 

Vers mil neuf cent et dix-huit

Sur la fin d’ la grande guerre

Mêm’ que les Boches prenaient la fuit’

Fallait y courir derrière

Savait ramper pendant des heur’

Et s’approcher des sentinell’

Puis leur enfonçait en plein coeur

Son espèce de gros Opinel

 

C’était une lame en bel acier

L’avait forgée dans sa jeuness’

Du temps qu’il était employé

Du côté de Bourg en Bress’

Y savait leur trancher le lard

Dans le gras de la poitrine

Y savait leur piquer son dard

Et ça n’était pas un crime

 

 

War-300

Illustration: P. CAZA

 

 

Quand est venu l’armistice

Y voulait plus fair’ le charron

Il est entré dans la police

Où qu’ y a de joyeux compagnons

C’est pas parc’ qu’ il n’est plus charron

Qu’ y fabrique de la charogne

Y continue à crever l’ bedon

A tous ceux qu’aiment pas les cognes

 

Le commissaire y l’aime beaucoup

Car il manque pas de courag’

Ensemble ils en ont fait des coups

Ah ! Ils aiment le bel ouvrage !

Des fois y frapp’ dans les manifs

Ou y cogne au fond des fourgons

Il n’a jamais eu son certif’

Mais y sait bien qui sont les cons

 

Un jour il a pris sa retrait’

Y s’est senti comme un manque

Y restait près d’ sa fenêt’

Où y dev’nait un peu branque

Y voyait passer la jeuness’

Qu’avait pas connu les tranchées

Pas moyen d’ leur botter les fess’

Restait plus qu’à s’ laisser crever

 

Un soir pour un bruit d’ mobylett’

Il a tiré sur un p’tit mec

L’a chopé en plein dans la têt’

Et l’autre il a fermé son bec

Quand ses copains flics sont venus

Il s’était bien tranché le cou

Avec sa lame et puis pendu

Il y avait du sang partout

 

On l'a enterré à la discrèt'

Dans la foss' où y a les putains

On va pas chercher la p'tit' bêt'

Au cimetierr' de Pantin

Y a pus d'charrons y a pus d'ouvriers

Qu'ont le goût d'la bell' ouvrage

Leur savoir faire est oublié

Et les tueurs sont à gages

 

Où est le temps qu'les tueurs

Y mettaient d'la patience

Et pratiquaient l'art majeur

Avec conscience

Où est le temps, le temps si doux

Va-t-il un jour revenir

Où se faire couper le cou

Etait un vrai plaisir ?

 

© 2003, Yves Frémion

 

 

Poker

Illustration: S. BATSAL