... NIKOS KAVVADIAS

 

 

kavvadias

On se fout du tiers comme du quart
On prend le bonheur toujours en retard

( Léo Ferré / 20 ans )

 

Publié en 1954, Le Quart est l’unique roman du poète et marin grec Nikos Kavvadias.

Des escales improbables, des anecdotes forcément salées , des maladies intimes, des arnaques très orientales, de l'amour rude, tendre, violent, et des fantômes féminins sublimés dans cet univers d'hommes enclavés... une autre époque, un autre mode de pensée, les années 50 sur la passerelle d'un vieux rafiot qui croise en Méditerranée pour finalement atteindre la mer de Chine.

 

TANGAGE ; Extraits :

1°)

« Le radio, il arrête pas de taper avec son marteau-piqueur. Un boucan de tous les diables, c’est pas croyable. M’est avis qu’il va devenir cinglé, comme l’autre ahuri. J’suis resté longtemps à l’entendre parler seul. Y prend une revue, y l’ouvre, puis y la jette. Et ces filles à poil qu’il a sur les murs de sa chambre, cette écurie. Complètement sonné, oui. On va le perdre par la poupe, aussi vrai que je suis là.
— Tu lui as dit de venir ?
— Non, quand j’ai approché, il m’a fait signe avec la main de me tailler. Il est de chez nous ?
— Oui, d’Erissos, mais il est né dans ces régions où nous allons à présent.
— Alors, ses parents, ils étaient Chinois ?
— Mais non, voyons, Céphaloniens.
— T’as vu dans quel état il est ! Sa braguette, elle a pas l’ombre d’un bouton. Et paraît qu’il a été des années sur les paquebots. Si c’est comme ça qu’y se baladait à bord... »

 

N.K.

nikos K radio

 

2°)

Le radio entra le premier. Petit, au-dessous de la moyenne, le cheveu clairsemé. Il portait un pantalon kaki, retenu à la taille par un seul bouton ; les autres manquaient. Une de ses oreilles pendait et était plus grande que l’autre.
- Bonjour. Qu’est-ce qui se passe ?
- Oh, presque rien. Cet oiseau qui s’est fait refiler un souvenir. Jettes-y un coup d’œil, tu t’y connais.
Diamandis se tenait à l’écart, la tête inclinée. Il faisait penser à un Donatello.
Le radio s’assit sur un petit tabouret de toile.
- Baisse ton froc.
- Mais…
Il semblait perdu.
- Non, sans blague. On est pas devant les dames, hein. Bon approche. Capitaine Gérasimos, branche la baladeuse et apporte-la pour qu’elle lui éclaire les jambes. Allume toutes les lumières. Parfait. Quand es-tu allé pour la dernière fois avec une femme ?
- À Alger, quand nous avons charbonné. Ça va faire un mois, et…
- Quand t’es-tu aperçu de ça ?
- Avant-hier soir, dès qu’on a quitté Sabang.
- Qu’est-ce que tu y a mis ?
- De l’iode.
- Enlève tout : tricot, pantalon, caleçon.
- Tout ?
- À poil.
Dans la lumière tremblotante de l’ampoule électrique minable, le corps du garçon apparut, très pâle au-dessous de la taille.

N.K.

Le quart