... une autre BRIQUE dans le MUR 

 

 

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GUEST STAR:  Marlène TISSOT

 

MTs

 

 

Marlène Tissot a publié: Mailles à l'envers.

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et un patchwork de sa création sur:

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The wall Waters  

THE WALL

 

J’avais dix ans. Ils passaient le film des Pink Floyd dans cette petite salle de ciné du trou du cul de la Drôme. Papa et maman n’avaient pas encore trente ans. Ils fumaient des joints, peignaient des arcs-en-ciel au plafond et rêvaient de changer le monde sans trop savoir comment s’y prendre. Ils écoutaient Thiéfaine et Bill Deraime et les Pink Floyd. Ce soir là, ils avaient très envie d’aller voir The Wall au ciné. Ils m’ont emmenée avec eux. Parce que j’avais peur du noir. Parce que la vieille baraque dans laquelle on vivait ne fermait pas à clé. Parce que j’avais dû chialer pour ne pas rester là toute seule avec le mistral qui giflait les arbres et leur faisait pousser des cris terribles, surtout la nuit...

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J’avais dix ans. J’ai vu The Wall et je me souviens de certaines images. Un type dans une piscine pleine de sang. Des écoliers qu’on transformait en viande hachée. Des fleurs carnivores s’entredévorant. Des marteaux qui marchaient au pas. Le visage de ce type qui hurlait à travers la peau du ventre du mur. Un ciel apocalyptique, des avions de guerre, de grands oiseaux noirs. Je me souviens de la musique surtout et de cette presque sensation de voler en l’écoutant. Je fermais les yeux parfois au cours de la séance, à cause de la fatigue ou bien peut-être de la peur. Je me rappelle que mon cœur battait très fort et même en sortant du petit ciné et même dans mon lit plus tard avec les yeux ouverts jusqu’aux premières lueurs du jour.
Les étoiles filaient, le mistral bousculait tout et moi je repensais à ce film que je n’avais pas vraiment compris et cette musique envoutante. J’avais dix ans et c’est peut-être cette nuit-là que j’ai commencé de bâtir un mur autour de moi, brique après brique, mais pas à cause du film, non. Plutôt à cause du monde qui me fichait la trouille davantage que le film. Je crois que personne n’a rien remarqué de mon désarroi ni de ma réclusion lentement tressée. J’étais une enfant silencieuse. Parfois, on s’approchait de ma paroi de peau et on me demandait : Hello, is there anybody in there ?
Certains murs sont plus faciles à construire qu’à abattre. Certains murs sont des prisons qu’on dresse autour de soi sous prétexte de se protéger. Personne ne peut me faire de mal, sauf moi. Personne, sauf moi...)

Marlène Tissot

 

le mur de berlin