... un sale trip !


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un_trip



La redescente en trolleybus… M’avait foutu des fourmis rouges dans le cœur, fallait que je coure au moins 6 kilomètres d’eaux et forêts à la pulsion… Sérieusement amphétaminée la pilule rosâtre de Suzy crème de Gruyère ! et moi qui speedait en banlieue après les visages rougis et craquelés par le froid… Impasse du Cimetière / Garage de

la Liberté

/ Métro-Météorite… Putain, ces petites hosties, c’est bon pour les Supermen-Comix-Gadgets à

la Jerry Rubin

qui sont fiers d’être américains jusque dans la défonce !!! mais ça m’aide à supporter les longs escaliers puants, les lavabos crasseux et les mégots qui remplissent les pots de fleurs de

la   Cité-Ghetto.

Les

murs verts ont beau se gondoler cinq minutes en swinguant : 3/4Parodie… ¾ Agonie.. ¾ STONED-Free… dans la longue vue du Capitaine y’a toujours des gares de triage et es dépôts de munitions !

Une belle journée givre-gel, la lèpre du froid, les bouts de doigts qui fondent doucement larmes à gouttes… D, dérisoire, monde désaxé, absurde, j’éclate de rire à vous voir jouer le Jeu, de face, de profil, par la raie du cul et même avec un masque à gaz si la pollution atmosphérique le nécessitait…

Vous êtes moches, vous êtes cons mais si drôles. Lâchez tout que ça devienne irrésistible ! ça m’étonne que l’on ne m’aie pas fait payer mon fou rire en me distribuant une bonne correction… Ouais, vous m’avez raté mais moi, je me suis vraiment fendu la gueule ; quel spectacle ! Pinocchios désarticulés, Goyas grotesques, pouffiasses enturlubandées à leurs maris tout ronds, ils patinaient sur les trottoirs avant de disparaître dans les bouches d’air chaud ou dans le ventre des cafétérias Prisu-Drug… à quelle mort allons-nous ? Voyez comme je rigole, je rigole à sanglots… ¾ Parodie… Sweet parodie !

T’as vus les cercles rouges ? Ouais mec, j’ai des hallus. Pas prêt pour l’embrigadement cosmique Secte Hair ! Ouais, j’ai vu vos gueules un dimanche après midi, c’est vraiment terriblement défonçant !

Soyez un peu charitables, pensez aux autres, hein, juste un p’tit effort, changez vos gueules ou alors gardez les mais prenez une petite pastille, un petit buvard, pour vous marrer avec moi. Hein, ça serait sympa ? Communion lysergique comme dit le Guru Tym… Que dalle !!! Allez quatre tranches de bidoche bien maigre, les palissades derrière lesquelles on cache le bidon-ville en attendant l’installation du grand centre commercial Galaxie-Crédit. Véloce, nerveux, ça gondole : ¾ parodie… Douce parodie !

Pills

Où aller, où ??? Dans chaque maison, la même chaine télé, l’heure du digestif, photographies des marmots devant le bonhomme de neige gris-caniveau… Regarde comme t’es bien déguisé ! Regarde le monsieur comme il est gentil ; il arrête pas de rigoler ! Qu’est-ce-que-je me marre… Voilà j’ai au moins six pieds et à chaque fois que je les compte j’invente une nouvelle danse… ¾ Parodie… douce mélodie… faudrait leur dire qu’on arrive même pas à s’articuler deux mots, se dire l’essentiel en un regard… Ouais, je sais, j’ai l’œil acide, les pupilles dilatées, j’suis pas bien rasé pour un week-end et mes cheveux sont décolorés au henné… Ouais, je sais, c’est pas un critère de santé mentale mais je rigole, j’suis sympa , Non ??? Vous n’ me trouvez pas sympa !

Dommage, ça carillonne dans ma cervelle, une sèche coincée dans la narine qui saigne cendres à cendres… Les oreilles qui transpirent, mes jambes qui se dérobent… Le cul sur un radiateur, on peut se serrer la main tout seul ! Aller où ? , Où ??? Deux freaks me font un signe, je me mets à parler anglais mais vraiment si mal qu’ils se barrent à toute allure…

Néons, flipper, juke-box… Ils ont de la colle dans la bouche comme dirait la caissière moustachue du Granul-Ovul-Kafé en me bazardant ma monnaie sur le coin de mes cernes… Mieux vaut en rire… 1 ,2 ,3… Parodie, Sweet parodie… Rions tous, armée du rase les murs en attendant qu’on rase l’armée ! Ouais, ce film là, ça m’étonnerait qu’on le tourne de mon vivant…

Aujourd’hui, je suis moi, essayant d’attraper quelqu’un pour lui parler… en vain ! J’aurai mieux fait de me défoncer loin de vous. On trippe mal au milieu des inconnus et faut toujours prendre un taxi qui nous jette dans notre trou !!!

 

Je cours après une poussière. Est-elle consciente de son rôle de poussière ? Ouais, elle est absolument dérisoire… poussière à l’ère de l’aspirateur et des robots mécaniques !

¾ Parodie… Sweet,sweet mélodie… Ecoute, Emile, j’serai bien allé te voir mais tu t’appelles pas Emile et puis j’en ai marre de toujours chercher les gens à leur adresse surtout qu’ils n’ont vraiment aucune raison d’y être ! Vraiment aucune… Allez, j’me tappe deux cartoons ! Quelle rigolade !!! Moins marrant que dans la rue mais je m’écartèle de rire, je vomis des rires, j’en fous plein la salle de ciné et les spectateurs se mettent à rire aussi. Gosses, femmes, papa-tiercé, grand-mère enzymes tombent robes, pantalons et cache-sexe et hop on rigole ensemble le cul dans nos rires. COMMUNICATION = DEFECATION ! Kasernes, lampions, béton à la pression, négatifs de films censurés, j’vous disais que je cherchais un endroit où tout voir sans âtre vu alors j’suis rentré dans ma piaule et j’ai pris mes jumelles…

J’me marrais un peu moins, je toussais un peu plus et la parodie était morte sous l’essence et les disques rayés. La dose était trop forte ; amphétamines, tromblon, drapeau de

la CNT

, passage de l’Ebre, je suis à mon tour ridicule et coincé. Faites redescendre le voile frivole de la parodie, j’étouffe à lécher mes angoisses… Mon cœur va jaillir de ma poitrine, il bat la dernière charge… je n’entends plus que lui ; il bat à droite , à gauche… Un monde de bruits accablants, oppressifs m’envahit… Sortant des murs, rampant sous la porte, perçant les vitres et déposant leur sale vibration jusque sous mon lit… Des sirènes stridentes, alerte atomique 2466, les bottes des CRS, une fille qu’on violente dans le couloir en tirant la chasse d’eau pour couvrir ses gémissements… Un chien, un dogue baveux qui se jette comme un fauve contre ma porte… miracle, elle tient !!! Deux hommes se battent en aboyant des slogans politiques. L’un est renversé sur le sol, l’autre se fracasse en chute libre par la baie vitrée… Deux clowns en pyjama de soie sauvage, croix de fer et collier en plastique mauve. Ils reviennent sans cesse et soufflent par mes carreaux des mots aigres, des plaisanteries de corps de garde. Ils puent la vinasse et la merde. Ils jouent des soli de grillage et croquent du radis noir. Ils murmurent dans l’épaisseur des cloisons :

- Ouvre la porte pour nous recevoir !

 

FLIP

J’allume la lumière, je barricade ma lourde.

Speed, spin, speed… Je sombre sous un deuxième valium.

Demain il ne faudra pas oublier de protéger sa détresse avec un deuxième verrou !!!

 

Cobra / Janvier 1971 / Texte publié en 1978 dans le périodique Le Crayon Noir N°22-23 / Les graffitis de l’ombre /

Le_Crayon_Noir_N__22_23   Les_graf_de_l_ombre