... VARANASI


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Bénarès, l'ancienne Kashi, doit son nom de Varanasi, par lequel on la désigne le plus souvent et officiellement, aux deux rivières,

la Varuna

et l'Assi qui s'y jettent dans le Gange, au nord et au sud.

Bénarès-Vârânasî

 

 

Talking about

Gange

River

Blues

 

 

( 1 )


BenaresBoats

 

 


Samedi 5 septembre 1970 :

 

Une folle course pour attraper le car qui menait à l’aéroport ; inutile de dire que le responsable en était l’éveillé petit serveur du Dragon. Les autres jours on s’en foutait mais là on décampait ! On avait tout investi dans ce vol intérieur Kathmandu-Bénarès. Pas question de revivre les 48 heures de descente apocalyptique puis le trajet vers Patna qu’on s’était tapé à l’aller. En catastrophe on atteint l’aéroport et on passe la douane népalaise sans mal car ils avaient coincé un couple d’américains, Marc et Sarah. Sur, les douaniers flairaient le bon coup, pas des freaks miteux comme nous mais des hippies pleins aux as, aux dollars sonnant et trébuchant. Ils sentaient le bakchich royal. Ils fouillaient les bagages de fond en comble, méticuleusement ; trois statuettes trônaient sur la table, sans certificat de vente.

 Sarah s’énerve, elle remue tellement la poitrine que son bloc de H va jaillir d’entre ses seins.

J’interviens ; je joue des tablas pour détourner leur attention.

Elle rajuste son corsage. Marc a pigé, il balance un billet de 20 $ à chacun.

On se retrouve dans l’avion au milieu des trous d’air. Les enfants de New York nous remercient et nous invitent à partager une Guest- House à Bénarès.

Nouvelle douane à Bénarès. Cette fois-ci, l’angoisse, c’est pour nous ! le fonctionnaire vide nos besaces. Rien. Il persévère. Il demande à Joëy son sac à main, c’est là qu’est le Shit, on est cuit ! Tout sourire, elle lui tend et tandis qu’elle capte son regard de toute la force de son iris, elle l’hypnotise et d’une habile manipulation elle fourre le H dans sa casquette qu’elle dépose nonchalamment sur le bureau. Sauvés !!! Encore quelques amabilités et le plus naturellement du monde elle remet la casquette dans le sac et sort de la salle. Directement, il tombe sur ma trousse à tabac, il l’ouvre et étale le contenu sur le comptoir : un reste de tabac parfumé Amphora, du papier à rouler Job, trois tickets usagés de métro parisien, deux pipes, un paquet de Charminar à moitié vide et le shillum vêtu de son foulard noirci.

- Shillum ?

- Souvenir !

 

Il acquièse : O.K. Take care of bad Drugs !

 

Je remballe la quincaillerie et sors à toute vitesse avant que la parano ne me paralyse.

Les américains nous attendent dehors.

 

- Trouvons un endroit pour fumer un bon petit joint. fait Marc en souriant.

 

On a pris une immense chambre avec deux grands lits au Tourist Bungalow où l’on a hébergé deux nuits un hongrois en rupture de stalinisme.

La fille était hystérique, toujours barrée dans des délires fétichistes ; je tenais avec elle de longues conversations où je ne pigeais pas le moindre mot vu les saccades-skating-sketchs qu’elle enchainait mais je l’écoutais en hochant la tête et ça la calmait merveilleusement. Elle m’en était fortement reconnaissante. Elle avait besoin de capter mon regard pour divaguer.

 

- You see,man, you see…

 

Les enfants de Nixon étaient bourrés de fric, ils ne voyageaient qu’en avion… Pas nôtre cas. On est parti chercher des concessions à la gare. Interminable promenade en rickshaw à travers la ville sainte au milieu des embouteillages, le tout entrecoupé de palabres et de saucées.

Au retour on retrouve Sarah et Marc. Les américains viennent d’acheter un jeu d’échec tout en ivoire pour seulement cent roupies. Marc m’explique qu’ils le revendront trente fois plus aux U.S.A. Il a également acheté une caisse pleine de shillums, il les revendra cinq dollars pièce. Ils ont filé cinquante dollars à notre compagnon pour qu’il puisse continuer son trip, c’est vraiment chouette… On demeure tous les quatre et ils nous invitent dans un resto plutôt classe, c’est la big fiesta !!!


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Une vision dantesque, la burning place de nuit et l’incroyable animation des rues ; ça grouille de personnages de mauvais roman, édentés, borgnes, crasseux, hargneux… un concert de sonnettes de vélos et une nuit blanche poudrée de bangie… Quel break avec la douce sérénité du Népal, nous passons du cool au speed… tout file, s’enchaine, dévore, asphyxie… Impossibilité de contrôler le temps, de le réaliser, de le comprendre, de s’adapter, de se reposer… un immense tourbillon qui nous entraine, nous enchevêtre, nous noue, nous capte, nous balaie, nous disloque dans une suite d’actions insondables, tentaculaires… L’esprit est en faillite, nos pieds avancent mécaniquement… je suis porté, prisonnier de la vitesse, du bruit, de la fureur, hypnotisé par la rue… Dépassé par l’inévitable, on n’a pas le temps de digérer ce qu’on a vu que déjà quelque chose d’autre encore plus fantastique, nous interpelle, nous réclame, nous assaille, nous viole… déboussolé, je dégringole de ma chaire cartésienne… 

La DILECTION.

La photo en noir & blanc ( 1970 ) est signée Cap'tain Apogée. Les toiles Gange & Triptique Nuit sont de Franck Appert quelques années plus tard.

Merci à eux.

 

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