28 mai 2008
CHICANES

Un séminaire particulier avec des grammairiens particuliers..
.
Un superbe texte de Benoist MAGNAT illustré par deux dessins d'Umberto PATO parus dans A COMME pour les 10 ans de MAI 68 !?!
40 ans de mai 68 ?
Les poètes
n’ont pas l’habitude de jouer aux fossoyeurs. La France n’est-elle pas déjà
rentrée à l’Hospice de l’Histoire ? Sarkozy, directeur intérimaire
de la maison de retraite et forteresse Europe, va essayer d’achever les
dernières vies de nos vieux peuples. Au programme : séance de magie pour
faire disparaître nos derniers acquis sociaux.
Faire la
roue du paon devant la mort est la performance du moment. A son seuil se
termine lien de famille, de sexe, de classe ou de camaraderie. Dans ce
contexte, on comprend mal le désir d’un au-delà, d’une continuation, d’une
déification de la réalité, car la mort est la seule réalité qui nous oblige à
sortir de la banalité quotidienne pour vaincre le temps. Aujourd’hui nous
soulignons l’agonie prolongée de notre civilisation occidentale :
l’Occident des vieilles monarchies colonisatrices, recyclées en impérialisme
économique de bon aloi. En silence, nous nous retirons doucement à l’anglaise
du champ social.
Les veilles
valeurs judéo-chrétiennes n’ont pas été remplacées par cette volonté de rupture
que fût mai 68 ou si peu. 40 ans plus tard, c’est l’enterrement
joyeux de plusieurs espoirs. Nos yeux rebondissent sur les
événements du monde avec en de fin de course une grande désillusion.
Si aujourd’hui en partie, les écrits se meurent, c’est que les contenus disparaissent sous les rutilantes carrosseries des contenants. Le tissu social continue de se déchirer, de se fracturer et de se déliter grâce à la volonté de « notre » président. Nous avons du mal à écrire notre histoire, comme si notre apparente abondance créait cette pauvreté qui nous entoure.

Nous
héritons d’une civilisation emmurée et bétonnée et par conséquent d’une poésie
gazon et cela malgré nos résistances. Il est difficile de rêver au Monde dans
un bocal de poissons rouges.
L’art peut
nous aider à nous tirer du néant ou de l’inertie, de donner à imaginer un sens
au Monde. L’art est notre conscience vivante de la mort. Est-il encore bon de
dire « la beauté est dans la rue » quand la réalité dépasse la
fiction ?
Des vents
ont beau souffler, il n’y a plus de voiles et ce n’est pas les rames des
extrêmes qui lutteront pour le moment contre les courants dominants. L’Europe
met à bas ses millions de chômeurs et d’exclus après les avoir stérilisés de
l’engendrement du bonheur.
Notre
slogan sera : « ce n’est qu’un début, continuons à vivre » car
les jeunes peuvent revivifier l’imaginaire sociétal. Pour eux, nous ne devons
plus statuer le sens, mais être prêt à la perte du lieu, de l’espace et du
temps pour l’émergence d’une rencontre. Nous pourrons peut-être alors ressaisir
la globalité et cueillir les fragmentations d’origine.
En dépavant
la cour des Grands, trouverons-nous une plage ? Entre se soumettre ou
mourir, fêtons la vie.
Benoist
Magnat
ex-soixante
huitard











