Com___Rages


Un séminaire particulier avec des grammairiens particuliers..
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Un superbe texte de Benoist MAGNAT illustré par deux dessins d'Umberto PATO parus dans A COMME pour les 10 ans de MAI 68 !?!

40 ans de mai 68 ?

Les poètes n’ont pas l’habitude de jouer aux fossoyeurs. La France n’est-elle pas déjà rentrée à l’Hospice de l’Histoire ? Sarkozy, directeur intérimaire de la maison de retraite et forteresse Europe, va essayer d’achever les dernières vies de nos vieux peuples. Au programme : séance de magie pour faire disparaître nos derniers acquis sociaux.

Faire la roue du paon devant la mort est la performance du moment. A son seuil se termine lien de  famille, de sexe, de classe ou de camaraderie. Dans ce contexte, on comprend mal le désir d’un au-delà, d’une continuation, d’une déification de la réalité, car la mort est la seule réalité qui nous oblige à sortir de la banalité quotidienne pour vaincre le temps. Aujourd’hui nous soulignons l’agonie prolongée de notre civilisation occidentale : l’Occident des vieilles monarchies colonisatrices, recyclées en impérialisme économique de bon aloi. En silence, nous nous retirons doucement à l’anglaise du champ social.

Les veilles valeurs judéo-chrétiennes n’ont pas été remplacées par cette volonté de rupture que fût mai 68 ou si peu. 40 ans plus tard, c’est l’enterrement joyeux   de plusieurs espoirs. Nos yeux rebondissent sur les événements du monde avec en de fin de course une grande désillusion.

Si aujourd’hui en partie, les écrits se meurent, c’est que les contenus disparaissent sous les rutilantes carrosseries des contenants. Le tissu social continue de se déchirer, de se fracturer et de se déliter grâce à la volonté de « notre » président. Nous avons du mal à écrire notre histoire, comme si notre apparente abondance créait cette pauvreté qui nous entoure.


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Nous héritons d’une civilisation emmurée et bétonnée et par conséquent d’une poésie gazon et cela malgré nos résistances. Il est difficile de rêver au Monde dans un bocal de poissons rouges.

L’art peut nous aider à nous tirer du néant ou de l’inertie, de donner à imaginer un sens au Monde. L’art est notre conscience vivante de la mort. Est-il encore bon de dire «  la beauté est dans la rue » quand la réalité dépasse la fiction ?

Des vents ont beau souffler, il n’y a plus de voiles et ce n’est pas les rames des extrêmes qui lutteront pour le moment contre les courants dominants. L’Europe met à bas ses millions de chômeurs et d’exclus après les avoir stérilisés de l’engendrement du bonheur.

Notre slogan sera : « ce n’est qu’un début, continuons à vivre » car les jeunes peuvent revivifier l’imaginaire sociétal. Pour eux, nous ne devons plus statuer le sens, mais être prêt à la perte du lieu, de l’espace et du temps pour l’émergence d’une rencontre. Nous pourrons peut-être alors ressaisir la globalité et cueillir les fragmentations d’origine.

En dépavant la cour des Grands, trouverons-nous une plage ? Entre se soumettre ou mourir, fêtons la vie.

 

Benoist Magnat

ex-soixante huitard

 

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