24 mai 2008
La fièvre du samedi soir...
... la nuit du vendredi 24 Mai
au samedi 25 Mai 1968 !!!
BARRICADES ACTE III
Les Janissaires de l'Odéon
Comme des dératés… COURIR… ça explosait dans tous les recoins… flammes, déflagrations, molotovs, boulons, grenades, détonations, bris de vitres, fumées… le feu d’artifice du 14 Juillet à chaque carrefour.
- ils nous canardent, c’est la guerre civile ! gueule Carlish quatre bons mètres derrière moi. Il souffle comme un phoque, le gros.
Se caleter, brûler le pavé, prendre ses jambes à son cou… ces putains d’expressions imagées prenaient tout leur sens. On a pas le diable aux trousses mais une horde de CRS qui nous tire comme des lapins. Même pas le temps de les insulter faut détaler.
- Magne ton cul ! ça c’est la voix suave de Pierre W qui encourage Carlish. Cet enfoiré avec ses dispenses de gym, même pas foutu de tenir six cents mètres.
On avait décidé de se rendre ensemble à l’appel de l’UNEF, Gare de Lyon, trois heures plus tôt. C’était pas une foule, c’était une marée humaine alors direction La Bastille. Certains écoutaient le discours du Grand Charles sur un transistor, d’autres ricanaient, le singeaient, d’autres grimpaient à la statue. Des bandes de jeunes, travailleurs, chômeurs, loubards surgissaient de nulle part et rejoignaient les gauchistes équipés de casques, de gants et de foulards décidés à en découdre. Certains étaient armés de pioches, de gourdins, d’autres de haches. Ils coupaient les arbres, édifiaient les premières barricades, ça allait chauffer !
- à l’Hôtel de Ville !
Une clameur… Insensée, intemporelle, fatale, irrémédiable !!!
Prendre l’Hôtel de Ville comme sous la Commune de Paris.
La Police
On est une soixantaine dans cette rue. On voit plus rien. La nuit. Les fumées. Les gaz. Blessures ; douleurs. Brûlures. On arrive plus à respirer malgré nos foulards imbibés de citrons et nos lunettes de ski. PERCLUS.
- Faut rejoindre le Quartier Latin dit un mec.
- Les ponts sont bloqués glisse une fille.
- Les vlà y z’arrivent !
A cinquante mètres les CRS, ils tirent à l’horizontale. On s’arrache. Carlish avec ses 80 kilos n’en peut plus il suffoque.
- Par où ?
- J’en sais rien, j’connais pas ce quartier !
- Par où ???
- Au hasard, à droite !
On s’engouffre dans la ruelle. Nous ne sommes plus qu’une douzaine de fuyards harcelés… la débâcle !
- Où est le cortège principal ?
- Ils ont brûlé la Bourse la Révolution la Bérézina. Des
- - Par là ! fait un mec plus âgé qui semble connaître le coin. La voie est libre.
J’avance, je retraverse la Seine. Je
- C’est le chaos total.
- C’est plus possible. Vas y avoir des morts.
- Ils veulent nous tuer.
- C’est la guérilla urbaine.
- Tu fais quoi ?
- Je rentre, j’en ai marre.
- Je rentre , j’ai la trouille.
- J’peux pas rentrer, j’habite trop loin, j’suis crevé.
- C’est trop. C’est l’apocalypse !
- Tu crois ?
- J’sais pas…
- Dur, dur…
SECOURS URGENCE CROIX ROUGE SOS
Silence. Inquiétude. Lassitude.
Des milliers de jeunes gens traumatisés par la brutalité policière qui rentrent chez eux, qui errent dans la nuit électrique en rasant les murs.
Par miracle, j’ai retrouvé la Rue Buffon, je longe le Jardin des Plantes, solitaire.
Un tel calme après le tumulte.
Je sors d’un cauchemar. Là bas sur l’autre rive du fleuve, c’était la boucherie. Mes oreilles bourdonnent encore. Je ne tremble pas. Je n’ai pas soif. Mes sens sont aiguisés comme jamais… cet instinct animal de survie.
Sur une bouche d’égout le clochard est allongé ; Il dort là, été comme hiver, ses pieds dépassent sur la chaussée. Il est ivre-mort entouré de litrons vides. Je change de trottoir. PARANO. Il n’y a pas le moindre flic dans le coin mais je suis choqué. Je vais grimper mes six étages et m’enfermer à double tour pour écouter jusqu’au petit matin les radios périphériques conter d’homériques combats entre les guerriers de la nuit et les compagnies républicaines de sécurité.
Mourir pour des idées mais de mort lente… La chanson de Brassens comme l’antidote ultime.
Cobra
Nuits fauves à Saint Michel













