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Le soir du mardi 7 mai 1968


Cette fois le mot d’ordre de l’UNEF c’est tous à 19h à Denfert-Rochereau pour le départ de la manif.

La foule est très nombreuse, en peu de temps c’est noir de monde. A tout hasard certains établissent de petites barricades autour de la place.

Enfin le cortège s’ébranle drapeaux rouges en tête. Nous sommes quarante ou cinquante mille. Les premiers rangs sont occupés par des militants ( souvent des pro-chinois ) casqués et armés de barres de fer. L’objectif : libérer la Sorbonne. Il faut donc descendre le boulmich. Mais vers l’Observatoire la manif s’arrête : les CRS arrivent en sens inverse.

Pendant une bonne heure, des discussions vont bon train, plus ou moins chaudes : certains veulent rester ici et s’opposer aux flics, d’autres rejoindre les quartiers populaires… enfin une grande partie veut aller sur les Champs Elysées. Alors ce qui se décide : faire un grand tour dans Paris et finir sur les Champs, on marchera toute la nuit s’il le faut. On part donc au chant de l’Internationale.

Boulevard du Montparnasse des drapeaux tricolores trouvés sur des bâtiments officiels sont déchirés et remplacés par des drapeaux rouges, les bourgeois à leurs fenêtres sifflés et hués. Mais plus loin barrage de CRS vers l’esplanade des Invalides. Après tractation avec un responsable policier, celui-ci refuse l’accès aux Champs Elysées mais accepte qu’on longe la Seine sans la traverser. Le barrage est donc contourné, la Seine suivie. Tout à coup, près de la Chambre des députés, tout le monde se met à courir, les pas scandés par des « hop hop hop », et la Seine est franchie ! C’est grandiose, fabuleux, que de passer le pont en courant par milliers et commencer à remonter les Champs Elysées vers l’Arc de Triomphe en chantant toujours l’Internationale, véritable marée humaine. Nous nous sommes formés en chaîne, occupant toute la largeur de l’avenue…

Tout le monde s’assoit par terre quelques minutes, histoire de souffler un peu. Et on repart pour atteindre l’Arc. Quand j’y arrive les projecteurs sont éteints et les drapeaux tricolores encore une fois remplacés par des drapeaux rouges. Et puis tout à coup des dizaines de libertaires pas toujours jeunes sortent de dessous leurs vêtements les emblèmes noirs de l’anarchisme, certains brodé en lettres d’or des « ni dieu ni maître » et « la liberté ou la mort » et se dirigent vers la tombe du soldat inconnu, rejoints par un groupe de maoïstes. Et là se déroule une sorte de danse sauvage ponctuée de cris. Le service d’ordre de l’UNEF est débordé, effaré, scandalisé…

Un court meeting se tient où un militant rappelle que c’est la première fois depuis 1936 que les drapeaux rouges sont sur les Champs…

Tout le monde commence à redescendre l’avenue, mais la police est là et oblige à prendre une rue adjacente, le service d’ordre de l’UNEF empêche toute confrontation. On repasse la Seine pour revenir vers le Quartier Latin. Mais au croisement du boulevard Raspail et de la rue de Rennes, nouveau barrage de CRS. On apprend que Sauvageot a lancé un ultimatum au préfet.

Nous nous formons en chaînes serrées, mouchoir sur la bouche, avec l’intention de passer en force en courant. Mais la police nous prend à revers. Une barricade est vite construite avec des planches prises sur un chantier. Mais quelqu’un ( Sauvageot ? ) grimpé sur un feu rouge informe que les CRS sont sur une épaisseur de plusieurs dizaines de mètres et qu’il sera impossible de passer. Aussi propose-t-il de se disperser en groupes de plusieurs centaines pour harceler la police dans le Quartier latin, forme de guérilla urbaine quoi.

Je pars avec un groupe vers le Boulevard Saint Michel. Nous courons dans la rue d’Assas où les flics sont à chaque carrefour prêts à charger à la moindre provoc. Des grenades lacrymogènes ont été lancées et l’air est irrespirable, nous pleurons à chaudes larmes malgré les mouchoirs. On a tout laissé par terre ; pavés, barres de fer, gourdins jonchent le sol.…

Au loin derrière nous, on attend clameurs et bruits de ferraille, la bataille a commencé..

Nous nous retrouvons à plusieurs centaines dans une rue longeant le jardin du Luxembourg. Les CRS nous ont encerclés et empêchent toute sortie. Pendant un temps les discussions s’engagent, beaucoup veulent foncer sur les CRS , mais quelqu’un qui vient de parler à un chef CRS nous prévient qu’ils sont très nombreux et qu’on va se faire massacrer si on tente de passer. En fin de compte la police nous autorise à partir…en file indienne, avec rien dans les mains, entre deux haies de flics malabars tout de noir vêtus.

L’un de nous, nous ne sommes à ce moment qu’une dizaine, crie « pas de provocation » ; alors les coups de matraque se mettent à pleuvoir, avec d’autres nous étions déjà au bout de la haie et nous avons le temps de nous enfuir en courant, poursuivis par des armoires à glace en uniforme. Certains de nous malgré tout s’en prennent plein la gueule…

On l’a échappé belle.

Il est près de 3 h du matin. C’est terminé pour aujourd’hui…

Cap'tain Apogée

 

Arc_de_Triomphe

ARC de TRIOMPHE...


DEMAIN  ( à la carte ): Gouzi-gouzi aux îles Grenadines
palmes académiques
et tuba ( le fer quand il est chaud !!! )


Demain_peut__tre


UNKNOW SOLDIER

 

Wait until the war is over
And we're both a little older
The unknown soldier

Breakfast where the news is read
Television children fed
Unborn living, living, dead
Bullet strikes the helmet's head

And it's all over
For the unknown soldier
It's all over
For the unknown soldier

Hut
Hut
Hut ho hee up
Hut
Hut
Hut ho hee up
Hut
Hut
Hut ho hee up
Comp'nee
Halt
Preeee-zent!
Arms!

Make a grave for the unknown soldier
Nestled in your hollow shoulder
The unknown soldier

Breakfast where the news is read
Television children fed
Bullet strikes the helmet's head

And, it's all over
The war is over
It's all over
The war is over
Well, all over, baby
All over, baby
Oh, over, yeah
All over, baby
Wooooo, hah-hah
All over
All over, baby
Oh, woa-yeah
All over
All over
Heeeeyyyy

The DOORS / album: waiting for the sun / 1968



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